Le cinéphile tranquille | It takes two to tango. Débat Royal-Sarkozy (mai 2007) - Le cinéphile tranquille
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It takes two to tango.
Débat Royal-Sarkozy (mai 2007)

Comme tout le monde quand vous fûtes jeune adulte, vous avez cru à la fable que le vainqueur est le meilleur. Que lors d’élection présidentielle, l’électeur, acteur conscient et objectif du système choisit en fonction d’éléments rationnels comme un programme ou un duel télévisé.
Et c’est pourquoi vous connaissez les petites vannes du débat Giscard-Mitterand de 1974 et 1981 (le monopole du cœur, vous êtes l’homme du passé. Entre temps vous êtes devenu l’homme du passif), du Mitterrand-Chirac de 1988 (je suis d’accord avec vous monsieur le premier ministre) ou alors le coup des fausses fiches de Chirac en 1995 face à Jospin

Même si vous avez peut être préféré oublié cette partie de notre histoire récente, deux candidats de grandes qualités se sont affronté en mai 2007 pour briguer le poste de chef des PiouPious de France.
Vous n’avez pas oublié, j’imagine, la colère feinte de Royal pour provoquer Sarkozy à la faute. C’est à dire le pousser à s’énerver.
C’est surement ce que vous avez retenu. Peut être, ais je envie de vous dire, car c’est ce que les médias on retenu aussi. Et on imposé cette lecture du débat. Mathématiquement, les jeux étaient fait, il n’avait pas beaucoup de risques de se tromper en concentrant leur « analyse » sur la stratégie de Royal.
Comme ca le grand roman de la démocratie française et de son peuple, fier mais néanmoins intelligent sera agrémenté d’un nouveau chapitre. Le bouillant trublion Sarkozy aura dompté ses démons et prouvé qu’il a changé, comme annoncé au début de la campagne. Lui qui malgré ses qualités de pragmatique, d’homme efficace pouvait paraître un peu nerveux. Non ce débat était la preuve que la démocratie est belle sous les cieux français.

Chacun avait sans doute remarqué que madame Royal semblait placer certains mots, certaines formules comme un élève placerait les mots clefs d’une citation. Pour montrer qu’il a bien appris son cours, qu’il l’a bien compris. Qu’il est intelligent. Au niveau rhétorique monsieur Sarkozy était bien meilleur. Je veux dire que c’est un filou, qui place des remarques perfides ou des fausses questions naïves en cherchant à piéger son adversaire. Mais cela est bien voyant.
Oui je vous l’avais dit ces deux concurrents étaient de très haut niveau.

Sauf que les images de ce débat n’ont pas été si brillantes pour monsieur Sarkozy. Peu de personnes ont précisé dans les commentaires que celui-ci avait presque dés le début une forte tendance à interpeler ou à regarder les animateurs. Il est surprenant quand on parle avec quelqu’un ne pas le regarder quand on lui répond. Sarkozy est un affectif, il cherchait l’approbation de ses arguments. Comme il ne pouvait les trouver chez son adversaire -ce qui est plutôt évident- il se tournait vers qui il pouvait.
Mais quel étrange aveu, n’est ce pas?
Comme en général, ses regards sont en gros plans, on ne sent que la direction de regard. Nous n’avons pas une idée générale de l’effet que cela procure. Mais sur quelques plans larges, on voit les regards de Sarkozy vers les journalistes. Et le résultat est fascinant[1] Voici un homme et une femme en duel, placé face à face. Elle le regarde. Au centre deux arbitres, et lui qui les regardent. Ca fait un peu « courage fuyons ».

Et puis madame Royal attaque monsieur Sarkozy sur un point. Retour au large. on voit celui-si chercher dans ces notes. Le nez plongé littéralement dedans. Les deux arbitres -Euhm euhm- trouve que ce sont des méthodes cavalières et appelle à recentrer le débat sur le sujet prévu. Sarkozy les regarde comme un enfant bousculé attend que les adultes rabrouent l’élève turbulent.
Et c’est justement la superposition des éléments qui donnent ce sentiment de faiblesse de Sarkozy. Il regarde ses notes, un petit peu empressé. C’est, certes, un petit bémol. Mais le large l’amplifie. Le regard d’un concurrent qui interpelle les animateurs pour rappeler aux « règlements » n’est pas grave non plus à priori. Sauf que Sarkozy, de fait, a le regard dos à la caméra du large et donc au public et aux français. Jamais madame Royal n’a été prise en si mauvaise posture. Ce n’est pas une approche sémiologique que je propose, mais une approche physique. Je vois le plan et je vois Sarkozy qui n’est pas dans la position où il devrait être, de dos.
Pour moi si Sarkozy gagne à l’embrouille -je veux dire à la rhétorique, Royal gagne sur l’image et donc l’attitude.
Est ce que cela fait égalité? Je ne sais pas. Je dirais madame Royal aux points.

Les journalistes qui sont des « littéreux » sans aucune approchent de l’image n’ont pas la même approche que moi j’imagine. Je suis même sur que dans leur ensemble, ils n’ont pas vu, ni ressenti, ce que j’ai vu et ressenti. Et les français? Là est la bonne question.

Quoiqu’il en soit l’histoire a tranchée et donc monsieur Sarkozy a gagné.
Le roman national continuera à s’écrire sans fausses notes pour raconter la jolie histoire de l’élection présidentielle aux jeunes générations.
Vive la France !

Note

[1] vers les 9′ de cette vidéo par exemple.

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