Le cinéphile tranquille | Les misereux c'est bien mais pas de trop près. Lord of war (Andrew Nicol, 2005) - Le cinéphile tranquille
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17 février 2010

Les misereux c’est bien mais pas de trop près.
Lord of war (Andrew Nicol, 2005)

 

Pour Andrew Nicol, les armes c’est mal, les trafiquants c’est que des salops. Des êtres abjects, avec du sang plein les mains, sans foi, ni loi.
Il n’y aura pas beaucoup de monde pour le contredire. Andrew Nicol a décidé de les dénoncer. De nous le dire -nous qui ne savons jamais rien. Pour que ainsi la paix inonde enfin la Terre entière.
Sauf que monsieur Nicol a des méthodes putassassières et que vautré dans son vademecum hollywoodien il ne se rend même pas compte que tout ce qui l’intéresse dans le fond, c’est l’action et son salop de marchand d’armes.

Je m’explique.

Après une séquence d’introduction, défile le générique du film qui suit le parcours -la vie?- d’une balle de mitraillette de sa conception à son utilisation. Sans avoir vu le film, vous avez du voir cette séquence, en avoir entendu parlé ou vu un extrait. Mais si, cette fameuse séquence en plan séquence filmé du point de vue de la balle. Et ça c’est original ! Et fort !
Ah je vois que pour vous ca commence mal une telle prose visuelle. Que vous avez du mal à imaginer le point de vue d’une balle C’est parceque vous ne comprenez pas que le réalisateur, qui a lu son Hannah Arendt, veut placer le bain de sang dans un contexte plus large, le placer donc dans cette « fameuse » banalité du mal. Que l’on voit tout ces gens, complices à leur petits niveaux être donc un rouage de la guerre. Et donc de la mort et de la pauvreté.
Tout de suite, petit commentaire, teinté de mauvaise foi, de ma part. La balle elle nait en Russie, pas dans une usine américaine. Où les ouvriers qui y travaillent nourrissent ainsi leur famille. Où l’usine fait vivre une ville, voire un état entier. Tout de suite, cela lui permettrait de poser les bonnes questions à Nicol. Sauf que c’est pas spectaculaire ce truc. Alors donc on suit la balle. Balle qui arrive dans le canon d’une arme, qui part et finit par se loger dans la tête d’un…-mais oui comment avez vous deviné- d’un enfant. Bien sûr. Pas d’un combattant lambda. Non d’un enfant soldat. Le pas mal du pire dans l’échelle du pire.
Le film a commencé depuis 1’30 et déjà on a compris que rien ne nous sera épargné.

Le film suit le parcours d’un gros trafiquant d’armes, Youri (Nicolas Cage). C’est lui qui nous raconte sa vie, son business, son boulot au quotidien. Le tout en parlant à la caméra, nous prenant donc à témoin. Il est désabusé notre personnage. Il est malin aussi. Parcequ’il est poursuivi par un agent du FBI qui voudrait bien le coincer (Ethan Hawke).
Andrew Nicol veut donc dénoncer ces salopards et nous montrer leurs victimes.
Apparait alors un problème. En terme de filmage, Nicol ne s’intéresse qu’à son personnage principale. A la moitié du film, l’avion de Nicolas Cage est prit pour cible par des avions. Ils doivent atterrir en catastrophe.
L’idée dramatique est qu’il risque de se faire arrêter par le FBI. Puisque l’avion est rempli d’armes. Bien. Sauf que tout content d’avoir un bon monteur, pas mal de rushes, un bon canapé bien confortable, Nicol se dit allez on va faire du « cinéma » et voilà qui nous la joue suspense quand au résultat de l’atterrissage en catastrophe. La séquence dure 1′ avec pas loin d’une vingtaine de plans. Tous matricielles sauf celui sur Cage qui flippe. Et nous un peu avec lui quand même. C’est à dire que Nicol qui a fait d’un salop son personnage principal -ce qui est un choix- nous oblige a ressentir de l’empathie pour lui. Alors qu’il n’y a aucun enjeu.
Puis je dire que c’est minable?
Au passage, on se fait un petit suspense plaisir avec l’avion, lourd de plusieurs milliers de tonnes, qui risque d’écraser une toute petite fille -oui il faut que l’enfant ne puisse pas s’échapper. Mais rassurez vous il finira sa course juste pile poil et l’enfant sera récupéré par sa maman. OUF!!!
Évidemment les bons africains -des paysans-prendront les armes que Cage leur donnent pour faire disparaître les preuves de son trafic.
Quelle agilité narrative Andrew.

Donc Andrew aime son salop.
Au 3/4 du film arrive un gros deal. Youri a ramené son jeune frère(Jared Leto). Celui-ci est témoin du massacre d’une femme et de son enfant. A la machette bien sûr et par une petite dizaine d’hommes. Et ben là tiens c’est vu de loin (Point de vue du frère en hauteur) et à peine montré. Et ben alors Andrew, toi qui nous a montré une balle rentrer dans un crane d’enfant, des hommes mutilés, dévorés par les vautours, tu ne veux pas nous montrer ce p’thi massacre. Ah ben oui l’enjeu n’est pas là. Le jeune frère ne veut pas être complice du massacre qui s’annonce et va faire exploser les armes. Et être tué aussi. Et Youri va être triste. Donc ce meurtre vraiment on a pas le temps et en plus coco le film s’approche les 2h20. C’est le max que m’a autorisé les Studios. Donc 1′ sur un suspense inutile et 2 plans sur une mère et son enfant -oui pas de vieillard c’est pas émotionnant. C’est la juste proportion pour l’homme occidental.
Petit bonus -puisque Andrew aime ça.
Le massacre a bien lieu. Mais à la mitraillette. C’est plus propre. Un travelling le long des tentes accompagne la fuite des habitants. Du sang gicle de l’intérieur de l’une d’elle. Qui a le bon gout d’être au premier plan. Classique pour le moment. Mais Andrew qui aime le cinéma et bien il a voulu qu’une main de l’intérieur tape contre la toile et glisse en laissant les traces des mains ensanglantées dessus. C’est l’effet Titanic-Ghislaine Marchal.

Ce qui est dégueulasse dans tout ce film, c’est de prendre un situation comme le trafic d’armes, le meurtre de civils pour en faire des faire valoirs narratifs pour raconter la grandeur et la décadence d’un personnage.
Lord of war est un film qui ne dénonce rien. Qui se sert seulement. D’humain comme de matériaux.
Un film classe quoi.