Le cinéphile tranquille | Il suffirait de presque rien...Les hommes du Président (Alan J Pakula, 1976) - Le cinéphile tranquille
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Il suffirait de presque rien…
Les hommes du Président (Alan J Pakula, 1976)

Les hommes du président est un film tourné en plan demi-serré. Presque tout du long.
Parce que c’est l’enquête de deux hommes et qu’il faut bien les placer dans le cadre. Parce qu’aussi les individus qui se confient se retrouvent seuls, abandonnés, largués par leurs collègues, leurs amis. Rien de tel que de mettre un peu décadré un personnage avec de l’espace autour de lui pour le rendre seul. Surtout quand, en contre-champs vous avez deux journaliste, un peu insistants. Dans la même valeur de plan.
Cinéma, terre de contraste

Il y a néanmoins quelques plans resserrés sur les visages en « reaction shot » mais cela reste assez rare et surtout moins serré qu’à l’accoutumé. Avec un peu d’air au dessus de personnages, vous donnez aisément la proximité d’un « gros plan » sans l’effet envahissant. Surtout en format large.

Pourtant, dans ce film il y a un gros plan. Un seul !

Un groupe d’individu pénètre dans l’immeuble du Watergate et s’introduit -avec effraction-dans un bureau. De l’immeuble d’en face, un complice les prévient que le veilleur de nuit n’est pas loin. Pour resté discret, le groupe coupe le contact radio. Or, entre temps un témoin de l’effraction a prévenu la police qui arrive sur les lieux.
Le guetteur a beau essayé de prévenir ses complices, ils n’entendent rien -et pour cause- et vont se faire cueillir comme un beau fruit mûr par la police.
Voici commence le film et accessoirement l’affaire du Watergate dont la conclusion sera la démission de Richard Nixon du poste de Président des Etats-unis d’Amérique. Démission qui sera vu comme une formidable victoire de la démocratie américaine mais qui est aussi le point de départ de la révolution néoconservatrice, par des individus qui ont très mal vécu cette affaiblissement du pouvoir, cette déchéance d’un président face à la société civile. Là c’est moi qui vais plus loin que le film en le plaçant dans un contexte plus large. Maintenant que 40 ans ont passé depuis les faits.

Pendant le film, au fur et à mesure que l’enquête journalistique avance, que les soupçons se rapprochent des plus hautes autorités du pays, on est prit de vertige devant le scandale, devant les conséquences de cette arrestation. Et on repense à cette première séquence et à ces pieds nickelés. A ce talkie qu’ils ont éteint. Que s’il ne ne l’avaient pas fait, alors… Voilà à quoi tient le destin d’un pays.
Pourquoi y pense t on? Peut être parce que Pakula a filmé justement l’arrêt du talkie en gros plan. Un très gros plan sur un doigt qui tourne une molette. Histoire de nous dire que ce scandale qui n’est sûrement pas isolé a pu éclater à cause d’une erreur. Qu’à pas grand chose jamais il n’aurait existé et que Nixon aurait fini son deuxième mandat. Etc etc
Qu’il y a donc matière à réflexion. Qu’il ne sert à rien de trop se réjouir à la fin de ce film. La bête a été battu. Mais qu’elle est de nouveau au rut. Et que peut être nous ne le saurons pas.

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